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Odyssée Argentique

Une pipe et un récit, fin 📓🥾🇬🇷

📍 Athènes (Grèce)
📅 242 jours depuis le départ
🥾 4 891 kilomètres depuis Tours
📓 487 pages de notes consignées dans mon cahier
📸 612 photographies capturées
📖 Autant en emporte le vent (1936) de Margaret Mitchell en lecture du moment
🔗 Plus de détails sur l'Odyssée Argentique
📮 Les autres extraits du journal de bord
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Le soleil roule dans un ciel maculé de nuages. Ils sont blancs, épais, cotonneux, et avancent au rythme de la bise qui souffle froidement. Le voyageur vient de plier sa tente, pour la dernière fois de ce long périple. Depuis la colline où il vient de passer la nuit, il observe avec délicatesse la ville qui s'étend à ses pieds. Un raz-de-marée de béton. Des constructions à perte de vue. Des bâtisses d'une couleur blanche, cassée, usée par le temps, qui s'additionnent les unes aux autres et qui font de l'esthétisme une caractéristique désuète. Quelque vingtaine de kilomètres le séparent de la ville haute, l'Acropole en langue plus courante. Alors il enfile son sac-à-dos. La montre indique huit heures passées de trente minutes. Aux alentours de midi, peut-être ira-t-il flirter avec ces grands temples qui naguère vouaient un culte à Athéna, Dionysos, Poséidon, où autre Asclépios.
 
Il arpente à une allure démesurée les ruelles et boulevards de la capitale. La cacophonie des véhicules qui circulent ici et là lui apparaît désagréable, loin du radieux silence qui inondait ses tympans plusieurs jours auparavant. Il s'empresse de porter ses écouteurs, pour échapper à cette bruyante jungle urbaine. La musique défile. Pour une fois, il ne joue pas sa playlist favorite dans un ordre aléatoire. Dans un devoir de souvenirs, il désire retrouver dans un ordre temporellement juste les sons qui ont bercé ses 6 668 526 derniers pas. Le voyageur s'enivre de ces mémoires musicales. Il comprend que beaucoup de ses titres favoris représentent une étape du voyage. Que Pongo le faisait danser à Montrichard, Kid Cudi l'invitait à remuer en Italie, qu'Ali Farka Touré le poussait méditer dans les Balkans, qu'Orange Blossom lui permettait de supporter les chiens errants.

À l'entrée d'un carrefour giratoire, il s'arrête. Il observe le tumulte de la circulation. Les voitures s'entassent, cèdent le passage, accélèrent ou klaxonnent. Les pieds du voyageur, lourds et fatigués, s'enfoncent dans le béton. Immobile, il se laisse couler sous le poids de son sac-à-dos. Il pourrait haïr ce fardeau, « mais merde, demain je n'aurai plus à le porter, parce que demain, ce sera terminé ». Puis ses yeux s'embuent d'un spectre humide. Derrière ses lunettes de soleil, il sent l'émotion gonfler. L'explosion est proche. Cesària Evora interprète Petit Pays et une vague de larmes chaudes glisse entre les poils hirsutes de sa barbe. Il ne voudrait pas que ça s'arrête, il voudrait poursuivre, encore et toujours. « Toutes les bonnes choses ont une fin », lui a-t-on répété. Mais pourquoi devraient-elles finir ?
Les larmes ont séché et le voyageur poursuit sa triste exploration. Il opère un constat qui ne s'écarte point de ceux qu'il opérait lors de la traversée d'autres citées grecques. « Les villes sont incroyablement laides ». Les blocs de béton qu'il observait depuis sa colline ne sont guère plus agréables de près. Les grecs semblent négliger, avec enthousiasme, l'esthétisme de leurs constructions. Loin est l'âge d'or de la philosophie, de l'art et du bon goût. Chaque immeuble est flanqué d'une architecture fade, morne, douloureuse, qui rappelle ces pauvres constructions à l'amiante du siècle précédent. Au rez-de-chaussée, on trouve une large sélection de commerces, en tous genres, à la vitrine souvent rebutante. Sur les étages qui s'y accumulent, des fenêtres mal entretenues percent de vieux murs, noircis de pollution pour certains, fissurés par l'âge pour d'autres. Puis, entre ces verrues architecturales, circulent scooters, voitures et camions qui, à tue-tête, chantent le désagréable ronronnement du trafic. Le voyageur sourit alors, gaiement. Plaindre la misère des autres lui fait oublier que dans une heure, tout sera terminé. 
 
Les kilomètres avancent et avec mélancolie, le voyageur se berce de joyeux souvenirs. La nuit chez Nelly, la pause chez Paul, l'accueil à la Vogealle, la rencontre avec Rodolphe, les heures de marche en compagnie de Géraud, d'Antoine, la splendeur des Alpes, la scabrosité de la météo, l'anniversaire de Gus, les incroyables Dolomites, l'ascension du Triglav, les contrôles croates, les images des guerres d'ex-Yougoslavie, le summer love à Split, les nuits froides monténégrines, la chaleur albanaise, les chiens grecs. « Plonger dans ses souvenirs ne fait-il pas partie du voyage » ? Il s'enquiert de tout un tas d'interrogations. Plus ou moins futiles, plus ou moins censées. Comme ses yeux, son esprit s'embue. L'exil temporel n'a jamais été aussi véritable puisque son premier bivouac en bord de Cher, il a l'impression que c'était hier. 
 
Enfin, les rues se resserrent, les bâtiments cherchent à toucher le ciel. Il entend de l'anglais, de l'espagnol. Les touristes sont là, le centre-ville est proche. Dans une poignée de minutes, son aventure se terminera. Le voyageur ne l'admet pas, mais il panique. Son rythme à nouveau s'accélère, « drôle d'attitude que d'accélérer alors que je ne veux pas m'arrêter », songe-t-il. « Demain sera un autre jour, les prémisses de nouvelles péripéties ». Puisque le voyageur a compris ce qu'il lui plaisait. Il a compris que cette liberté dont il a jouit ne valait aucune autre expérience. Il a compris que sa vie, peut-être, serait faite ainsi. Barouder, découvrir, observer, comprendre, écrire. Alors quand il lève la tête et qu'enfin apparaissent sous ses yeux ébahis les fortes colonnes du Parthénon, il démarre une pipe et commence à écrire un nouveau récit. Celui d'une vie nouvelle.
Merci à tous ceux qui ont suivi ces 254 jours de marche, ces 4 891 kilomètres, ces 152 000 mètres de dénivelé positif, ces 178 nuits en bivouac, ces 72 journées d'averse, de pluie, d'orage ou de neige. Merci à toutes ces personnes qui m'ont souri en chemin, qui un jour m'ont tendu la main, pour offrir un café, un déjeuner, ou un lit douillet. Merci à ces rencontres particulières, qui m'ont apporté parfois bien plus qu'un simple bonjour. Merci à tous ces habitants aux langues, cultures, et religions différentes. Merci de m'avoir permis d'entreprendre ce projet auquel je n'osais presque croire lorsque le 7 mai dernier, je quittais la Touraine. Merci.
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