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Odyssée Argentique

Liechtenstein solitaire 🇱🇮🚶

📍Zams (Autriche)
📅 89 jours depuis le départ
🥾 1 838 kilomètres depuis Tours
📓 291 pages de notes consignées dans mon cahier
📸 259 photographies capturées
📖 Voyage au centre de la Terre (1864) de Jules Verne en lecture du moment
🔗 Plus de détails sur l'Odyssée Argentique
📮 Les autres extraits du journal de bord
Nouveau pays et nouvelles interrogations. Le calendrier affiche le 27 juillet et je viens de rentrer, sans même m'en rendre compte puisque la frontière semble inexistante, sur le minuscule territoire du Liechtenstein. Je vous épargnerai une longue description du quatrième plus petit d'Europe puisqu'à mon habitude, je patauge dans une nébuleuse atmosphère, pourvue d'humidité et d'électricité. En bref, je ne m'exalte point de la visite de Vaduz, capitale d'une trentaine de milliers d'âmes, à l'architecture proche de ce que j'ai pu observer en Suisse alémanique. 
 
En revanche, quand je pénètre la seule et unique rue commerçante de la capitale, le soleil se décide à rayonner avec stabilité, derrière une poignée de cumulus qui rappelle quand même que l'orage ne devrait pas tarder. La douce chaleur du disque solaire vient se frotter à mes vêtements salement imbibés de sueur. Me promener dans cet accoutrement entre des banquiers et avocats d'affaires vêtus de costumes taillés sur mesure ne me dérange plus. Je reviens d'un autre monde, celui où l'errance défie la nonchalance. Alors je prends le temps de m'installer en terrasse, de me délecter d'un café à six francs, et de trouver ma route jusqu'à la seule et unique auberge de jeunesse du pays où une douche sera la bienvenue. 
 
La montre indique dix-sept heures lorsque je passe la porte du Youth Hostel. Je me rends sans plus attendre au comptoir où l'on me remet le badge pour la chambre 109. Au premier étage, derrière une épaisse porte de bois massif, la chambre comprend trois lits superposés pour six couchages, autant de placards pour y ranger ses effets personnels, une table d'appoint et deux chaises très design, ainsi qu'un petit lavabo surmonté d'un miroir. Je suis marqué par l'impeccable propreté du lieu, qui répond finalement aux standards d'un hôtel étoilé plus qu'à ceux d'une auberge de jeunesse . Le sol brille tellement qu'en délassant mes bottes, je commence à me demander ironiquement si dormir par terre ne serait pas plus confortable. Mais avant de trouver une réponse, je préfère m'éclipser pour la douche.
 
Vingt minutes plus tard, je reviens propre comme un sou neuf. L'épaisse porte de bois n'a pas bougé. Je passe mon badge sur la serrure et entends à mon premier pas dans la chambre un "Hallo" qui ne sonne pas local. Surpris, je lève la tête et distingue sur l'un des lits l'ombre d'un gilet jaune. Je m'arrête net et me demande si je ne me suis pas trompé de chambre. Une gilet jaune au Liechtenstein, je suis confus. Derrière ce gilet symbolique et dont les bandes réfléchissantes reproduisent avec peine la lumière de l'ampoule basse consommation qui pend au plafond, je devine un garçon aux cheveux longs, au visage fin, à la barbe naissante, pas plus d'une trentaine d'années dirais-je. Il porte sous son gilet un t-shirt sans manche, et pour le reste de ses vêtements un pantalon ample de couleur kaki remonté à mi-mollet qui laisse apparaître une paire de sandales à en ravir un touriste allemand. Son apparence quelque peu burlesque dégage une odeur, celle de la transpiration du voyage. Une odeur bien connue des globe-trotters, puisque parcourir le monde n'implique pas toujours une hygiène irréprochable. Et au moment de revenir de la douche, je pense maîtriser le sujet.
 
Alors nous nous présentons. Lubo vient de République Tchèque. Il sillonne l'Europe depuis quatre ans. Un jour il marche, un jour il fait du stop. Un jour il travaille, un jour voyage. Il n'a pas vraiment de destination. À travers un anglais approximatif, je retiens le mot "Discover" qu'il emploie à moults reprises, mot qui semble bien résumer sa situation, sa philosophie. Nous poursuivons nos échanges et mon camarade de chambre me fournit maints détails et informations sur ses dernières aventures. iPhone à la main, il n'hésite pas à user de son écran pour illustrer ses propos de photographies. Même un gilet jaune tchèque à l'allure d'un crasseux hippie des sixties a le droit à la modernité, songé-je moqueur. 
 
Plus nos échanges s'allongent, plus Lubo m'égare dans son anglais qui se veut expérimental. D'un réflexe que je dois à ma politesse, je continue de hocher la tête tout en lâchant de timides "Ok" ou "I understand" pour ne pas l'interrompre dans le récit de son épopée. Puis lorsque je me reprends à l'écouter sincèrement, je remarque qu'il parle seul. Le regard vide, perdu dans un univers dont lui seul connaît les frontières, il marmonne certaines anecdotes autour de magnétiseurs du sud de la France, d'une journée de stop historique au Portugal, ou de pyramides en Bosnie. 
 
Serait-il le pèlerin, l'itinérant, le vagabond, celui qui veut faire de sa vie un voyage sans retour et que je crains devenir ? Celui qui chaque nouvelle journée invoque de nouvelles situations, de nouvelles destinations, de nouvelles pérégrinations ? Je défends de ne pas rencontrer la solitude puisqu'à la pareille de Lubo, j'interprète chaque lever de soleil comme une nouvelle expérience, riche en rencontres et découvertes. En revanche, je sais pertinemment que ces rencontres et découvertes ne seront qu'éphémères. Elles se mesurent en journées, en heures, en minutes parfois. Il s'agit le plus souvent d'une marche, d'une conversation, d'un repas, d'une nuit. Ces rencontres et découvertes ne sont qu'un minuscule grain de sable sur une longue plage. Le paysage est paradisiaque, le sable est aussi blanc qu'il est fin les cocotiers m'apportent ombre et fraîcheur, la houle se repose sur la plage, et les oiseaux s'envolent dans les airs. Mais lorsque j'attrape une poignée de ces grains de sable, je les observe désemparé me filer entre les doigts. J'aimerais bâtir un château mais à quoi bon, puisque la prochaine vague détruira ses fondations. Alors je m'allonge, malgré moi, sur cet océan de poussière. J'imagine devoir me contenter de cette situation. J'imagine aussi que l'écriture et la photographie deviendront le ciment d'une future construction. Finalement, la solitude ne serait-elle pas le plus fidèle de mes compagnons ? Une douleur peut-être, devrais-je reconnaître. Jules Verne faisait confier à l'un des protagonistes de l'Ile Mystérieuse : "La solitude, l'isolement sont des choses tristes, au-dessus des forces humaines. Je meurs d'avoir cru que l'on pouvait vivre seul". Alors quand je guette mon gilet jaune raconter au sol ses péripéties, je crains lorgner un miroir. Je crains de me morfondre dans une éternelle solitude. Et je me demande si cette vie de maraude ne me poussera pas un jour à perdre la raison.
Le lendemain, je quitte l'auberge et mets le cap sur l'Autriche d'où je vous écris aujourd'hui. Peu de changement, puisque la météo demeure tout aussi scabreuse. Je poursuis ma progression dans les montagnes du Tyrol, entre cols à 2 200 mètres et vallées à 500 mètres. Je m'abrite sous des stations de télésièges, passe des nuits dans des refuges et bois des pintes de pils à quatre euros pièce. J'attrape un mauvais rhume, et espère que les températures seront plus chaudes en Italie, lorsque je passerai la frontière d'ici la fin de semaine.
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