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Odyssée Argentique

Ils sont partout 🇭🇷🌳⛰️

📍 Senj (Croatie)
📅 140 jours depuis le départ
🥾 2 787 kilomètres depuis Tours
📓 354 pages de notes consignées dans mon cahier
📸 389 photographies capturées
📖 Vernon Subutex, 3 (2016) de Virginie Despentes et La Bible en lecture du moment
🔗 Plus de détails sur l'Odyssée Argentique
📮 Les autres extraits du journal de bord
Ma G-Shock affiche dix-sept heures passées de quarante-cinq minutes lorsque je me heurte brutalement aux barrières barbelées qui séparent la Slovénie de la Croatie. Je suis confus, mais c'est une réalité. Les Balkans n'intègrent pas l'espace Schengen. Alors je me penche sur la carte et repère un poste frontière à deux kilomètres. Plutôt que d'escalader les barrières comme un migrant, de m'esquinter sur les barbelés propice à une quelconque forme de tétanos, je préfère rester dans les règles. D'autant plus que je dispose d'un passeport à jour et d'un certificat de vaccination. 
 
La journée avait pourtant bien commencé. Je m'égarais pour la dernière fois dans les belles et éternelles forêts de hêtres slovènes. Je réussissais à retirer une tique accrochée au beau milieu de mon dos. Je profitais d'une source pour une lessive de fortune ainsi qu'une toilette de chat. Je rencontrais Majda, une slovène à la générosité sans aucune mesure, et dont je gardais en bouche la saveur du bon café qu'elle m'avait servi. Mais en route vers le poste douanier, cette terrible anxiété qui est mienne reprend le dessus. Si je ne passe pas, que faire ?
Il est petit, trapu, aux yeux très clairs, d'une couleur magnétique. Elle est grande, svelte, aux cheveux dorés et tirés en queue de cheval. Tous deux sont habillés d'un bleu teinté d'autorité. Je ne sais pas lequel est slovène, lequel est croate, mais ils sont tous deux douaniers. Quand j'arrive au poste frontière, un bâtiment presque délabré et à l'architecture sans goût d'une ère soviétique disparue, je prends les devant, sors mes documents et explique mon projet. Je m'appelle Simon, je suis majeur et vacciné, et j'entreprends un périple à pied de Tours à Athènes. Toutefois, pour une raison qui m'échappe, je n'ai pas l'impression de maîtriser la situation. Me retrouver face à ces deux douaniers ne me fait pas nager dans la sérénité. Ma légendaire anxiété peut-être. Lorsque la douanière me demande si j'ai quelque chose à déclarer, j'ai envie de lui répondre : "DEUX GRAMMES DE CANNABIS QUE JE TRANSPORTE DEPUIS VICHY". Mais je préfère garder le silence, jouer de mon plus beau sourire et d'affirmer peu fièrement : "Nothing illegal". Peut-être pour cette raison que je ne me sens pas à l'aise en fait. 
 
S'ensuit un interrogatoire usuel, d'où je viens, où je vais. L'ambiance court finalement à la détente, presqu'à se flanquer une belle tape dans le dos après une mauvaise blague sur la finale du dernier mondial de football. Je profite de cette bonne humeur pour interroger mes protagonistes sur les barrières barbelées. Hormis leurs installations il y a trois ans, je ne parviens guère à obtenir plus d'informations. Sujet sensible je suggère. 
 
Mes papiers rangés au fond du sac, le douanier reprend ses airs de faux cowboys, ses airs que l'on retrouve chez tous les représentants de l'ordre à travers le globe. Il me demande si je porte une arme à feu. Non, bien évidemment. Il demande ensuite à fouiller ma banane. "JE N'AI PAS CACHÉ MES DEUX GRAMMES ICI", ai-je envie de rétorquer. Déçu sans doute de ne pouvoir user de son autorité, il ne trouve rien d'autre que mes paires de lunettes, mon carnet, une poignée de stylos et mon porte cartes. 
 
Au moment du départ, il me prévient du danger. Naïvement, je m'attends à une remarque inhérente au bivouac en forêt, notamment sur la présence de l'ours dans la région. Puisqu'après DiCaprio, il ne me semble pas avoir entendu une histoire d'un homme victorieux face à l'ours. Mais non, d'après mon douanier, la véritable menace, le terrible fléau, la plaie du pays, sont les migrants. Très particulièrement, les afghans. "Some dangerous migrants trying to reach Germany, or France, your country". Si j'avais une âme suffisamment politisée, j'aurais osé lui répondre. En précisant que les vilains migrants, violeurs de femmes, voleurs d'emplois, et désormais agresseurs de vagabonds dans mon genre, trouveraient malin de se mettre en danger par l'agression d'un randonneur. De risquer inutilement la faillite de leur quête pour une terre meilleure. De sacrifier tout espoir d'un monde plus juste. D'abandonner la fuite d'un pays où l'on applique la charia ; où l'avortement et l'homosexualité sont sévèrement punis par la loi ; où la lapidation est monnaie courante pour résoudre les cas d'adultères ; où l'on ferme les écoles pour femmes, parce qu'une femme c'est quand même plus pratique quand ça porte la burqa et que ça ferme sa gueule ; où l'on réfute la science et notamment la vaccination, et pas uniquement celle liée à la Covid ; où l'on ne sépare pas l'État de la religion et où le Coran est enseigné à l'école ; où les perspectives d'avenir deviennent nulles et l'espoir une notion inexistante. Une liste non exhaustive certes, mais définie par certains comme un véritable retour au moyen-âge, comme un gommage de tous les progrès sociaux qu'avait pu connaître l'Afghanistan depuis la première chute du régime taliban en 2001. Bref, sacré douanier. Volontiers je lui aurais flanqué une tape, mais pas dans le dos j'imagine.
 
Lors de mes jeunes années de banquier, je me rappelle cette formation où l'on nous expliquait qu'à la rencontre d'un prospect, les trente premières secondes étaient déterminantes. En d'autres termes, l'élocution et la tenue permettaient ou non de définir la réussite d'une relation. Savoir s'exprimer, rester poli et courtois, se tenir droit, avoir une poignée de main ferme, s'habiller de manière appropriée, telle nous était enseignée la recette du succès. Quand je quitte le poste de douane, j'imagine que mon douanier et moi n'avons pas suivi la même formation. Ses trente premières secondes ont été désastreuses, et j'entre en Croatie avec une certaine amertume.
J'évolue en terre croate depuis maintenant une semaine. Déçu, je n'ai croisé ni ours ni migrant. Alors en attendant, je préfère oublier mon passage aux douanes pour me délecter des paysages tout aussi sauvages qu'en Slovénie. Je profite d'abris sommaires pour me protéger de la pluie. Je serpente la Kupa et ses eaux turquoises. Je m'élance vers les sommets du brumeux parc national de Risnjak (littéralement traduit Montagne du Lynx). J'utilise hache et scie pour nourrir de bois les poêles qui réchauffent les cabanes dans lesquelles je passe certaines nuits. Et maintenant, je me dirige au cœur des Alpes dinariques, à la recherche d'une mer que je n'ai pas goûté de l'été.
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