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Nous sommes dans l’inconcevable,
mais avec des repères éblouissants.

RENÉ CHAR
numéro 2 • première année
version en ligne
site : letincelle-journal.fr
n° 2 • Mardi 16 mars 2021

ÉDITORIAL

Question de confiance

Ce mois-ci, L’Étincelle s’intéresse à la manière dont certains élus haut-provençaux affichent des contradictions entre leurs actes, leurs paroles et leurs obligations.
 Qu’il s’agisse d’ignorer la loi ou de se réclamer de valeurs auxquelles ils n’adhèrent pas, cette attitude incohérente a des conséquences concrètes sur la vie des habitants. 

À Pierrerue, le maire s’associe à une mise en scène de démocratie participative à l’école alors qu’il la combat dans sa commune. À Forcalquier, la responsabilité des problèmes sanitaires et sociaux liés aux chats errants est déléguée sans contrôle, au détriment du bien-vivre des habitants et du respect de la législation. Dans tous les cas, ce sont les postures seigneuriales ou communicantes qui s’imposent au détriment d’une démarche de concertation propre aux principes démocratiques.

Ces inconséquences ne contribuent-elles pas à nourrir un sentiment de défiance à l’encontre des représentants, et n’affectent-elles pas par ricochet la confiance en la démocratie représentative elle-même ?

La rédaction
Jérôme Anconina, Geoffroy Gonzalez, Raphaële Javary, Mathieu Richard et Clément Villaume

SUR LE TERRAIN • Forcalquier

Chats errants : une responsabilité négligée

par Geoffroy Gonzalez
photographies de Solal Fayet

 
Sentinelles attentives postées sur les voitures le matin, dormeurs indolents lors des chaudes après-midi, on les surprend parfois en plein conciliabule à la tombée de la nuit. Si les chats errants de Forcalquier font partie du décor de la ville, ils sont aussi une source de tensions et de problèmes sanitaires insoupçonnés.
Légalement, c’est au maire que revient la responsabilité de prendre en charge les animaux errant sur la commune et d’informer les habitants des mesures prises à cet effet, comme le stipule l’article R 211-12 du Code rural. Il relève en effet de la gestion publique d’éviter les proliférations, dégâts et risques sanitaires qui leur sont liés. C’est dans cet objectif que la municipalité forcalquiérenne fait appel, depuis plusieurs années à la fourrière de Valensole et à l’association locale Chats sans toi.  

Plus directement concernée par la gestion des chiens errants, sur appel de la mairie ou de la police municipale, la fourrière n’intervient en direction des chats qu’en cas d’épidémie ou de risque sanitaire grave, en ratissant la zone pendant 48 heures. C’est donc à Chats sans toi que revient le gros du travail. Prônant des valeurs de respect de la vie animale, l’association est engagée dans une prise en charge au cas par cas que la fourrière ne pourrait selon elle pas assurer.

Françoise Fenech, l’actuelle présidente de l’association, n’a qu’un leitmotiv : « Stériliser, identifier et vacciner. Ces mesures sont primordiales pour éviter la prolifération. Notre tâche consiste à repérer et trapper les félins, puis à les conduire à la clinique vétérinaire des Bas Chalus pour un test VIH et de leucémie féline. Si le test est négatif, ils sont identifiés par un tatouage, stérilisés et relâchés ou adoptés. Si au contraire le test est positif, ils sont euthanasiés. »

Cependant, en plus de ce contrôle de la population féline, les bénévoles se sont donné une seconde mission : nourrir les bêtes, ce qui éviterait d’après eux les nuisances comme la mise à sac des poubelles. Sept sites de nourrissage sont disséminés à travers la ville, dont certains avec une vue sur la Citadelle qui ferait des envieux. Un cheptel de plus de cent cinquante chats est ainsi nourri quotidiennement par une dizaine de bénévoles.

Un problème sanitaire insoluble

Si la nécessité de la prise en charge des chats errants ne fait pas débat, en revanche les dépôts de nourriture, organisés ou sauvages, posent un problème récurrent. Toute charitable qu’elle soit, cette démarche a en effet des conséquences sanitaires inquiétantes. Deux sites de nourrissage en particulier perturbent le fonctionnement d’institutions locales.

D’abord l’Hôpital Saint-Michel, autour duquel les chats sont régulièrement nourris. Outre les traces de leur passage sur les voitures du personnel garées en contrebas de l’établissement, c’est surtout la prolifération de leurs déjections dans l’enceinte de l’Hôpital, et notamment dans le jardin, qui pose problème. Des discussions entre le personnel hospitalier et la mairie ont été engagées à plusieurs reprises, déjà bien avant l’arrivée en fonction du nouveau maire. Pour le moment, aucune solution n’a été trouvée à ce qui apparaît non seulement comme une nuisance pour les usagers mais surtout comme un risque sanitaire important pour cet établissement accueillant notamment des pensionnaires en EHPAD. 

De la même manière, le nourrissage systématique pose des problèmes de cohabitation au niveau des Jardins partagés de l’Ubac. Dominique Cadot, directrice de la Maison de la Famille, témoigne : « Situés sur la face nord de la colline sur laquelle trône la Citadelle de Forcalquier, les jardins partagés sont installés sur une parcelle municipale près de laquelle se trouve une cabane à chats. Très rapidement, de nombreux félins ont envahi les lieux, transformant le potager en une gigantesque litière. Face à ces dégradations répétées et pour des raisons sanitaires évidentes, nous avons dû renoncer à un certain nombre d’activités, notamment celles avec les enfants. Des cultures telles que celle des fraises ont été purement et simplement abandonnées. » Abandonné également, le projet de refuge ornithologique initié par la Ligue de Protection des Oiseaux : difficile en effet de trouver abri dans un tel repaire de prédateurs. Bien que la Maison de la Famille ait réussi à réduire les nuisances en investissant dans des appareils à ultrasons et des filets pour empêcher les chats de venir, aucune solution pérenne n’a été trouvée à ce jour.

Un financement public entérinant une infraction à la loi

Pour résoudre ces contrariétés, trouver une solution arrangeante pour tous mais aussi prévenir les risques sanitaires, la balle est désormais dans le camp de la mairie. Pourtant, loin de s’atteler à un travail de concertation, l’équipe en place choisit de faire reposer sur les épaules de l’association Chats sans toi tout le poids de ses obligations. Or prendre soin d’un cheptel de chats aussi important (166 individus nourris et une centaine stérilisés en 2020) réclame non seulement l’énergie des bénévoles mais aussi des moyens.

Ainsi, outre la stérilisation qui, au cours de l’année 2020, aura coûté plusieurs milliers d’euros à l’association, ce sont pas loin de quatre tonnes de croquettes qui ont été distribuées cette même année. Ce qui représente un budget de fonctionnement conséquent pour Chats sans toi. Les recettes provenant des adhésions des 154 membres ainsi que des bénéfices sur la revente de croquettes achetées en gros n’étant pas suffisantes pour maintenir une telle activité, l’association s’appuie largement sur des subventions.

En 2020, dès son installation, la nouvelle municipalité a plus que doublé la somme qui était auparavant attribuée à Chats sans toi, laquelle s’élève désormais à 2000 € annuels (délibération du conseil municipal du 21 juillet 2020). Dans le même temps, la fourrière de Valensole, subventionnée de son côté à hauteur de 7600 €, reverse 500 € à l’association. La présidente nous apprend que ces apports sont encore renforcés par une convention passée entre la municipalité et la fondation 30 Millions d’Amis qui rallonge de 2000 € le budget de stérilisation de l’association.

En lui déléguant sa responsabilité, la municipalité a par conséquent fourni à Chats sans toi (comme à la fourrière) les moyens d’agir. Le problème est qu’une partie de son action sort du cadre de la loi. En effet, l’article 120 du Règlement sanitaire départemental de l’Agence Régionale de Santé précise qu’« il est interdit de jeter ou déposer des graines ou nourriture en tous lieux publics pour y attirer les animaux errants, sauvages, ou redevenus tels, notamment les chats ou les pigeons ; la même interdiction est applicable aux voies privées, cours ou autres parties dun immeuble lorsque cette pratique risque de constituer une gêne pour le voisinage ou dattirer les rongeurs ».

Si les actions de stérilisation, de contrôle sanitaire et de contrôle de la population menées par Chats sans toi correspondent tout à fait à ce qui est attendu de la municipalité, le fait que les bénévoles nourrissent les chats errants met donc la mairie en totale contradiction avec les règles édictées par l’État.

Un rôle à définir collectivement ?

Pour sortir d’une telle impasse, la municipalité pourrait définir un projet avec Chats sans toi encadrant ses diverses missions et proscrivant notamment le nourrissage. Un partenariat officiel, formalisé et intégrant toutes les parties prenantes garantirait à Chats sans toi une action d’autant plus efficace qu’elle se ferait de façon harmonieuse dans l’espace urbain. En l’état, rien de cela ne semble prévu.

SUR LE TERRAIN • Pierrerue

Démocratie à lécole : les enfants donnent lexemple

par la rédaction et E. A.

Les élèves de Pierrerue ont présenté leur projet de loi sur l’alimentation devant le député Christophe Castaner, venu échanger avec eux sur le travail parlementaire.

Ébullition autour de l’école de Pierrerue ce vendredi 5 février. Le député des Alpes-de-Haute-Provence Christophe Castaner rendait visite à la classe de CM1-CM2 dans le cadre du Parlement des enfants, une opération nationale d’éducation civique qui en est aujourd’hui à sa 25ème édition.

Organisée par l’Assemblée nationale en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, cette opération offre aux élèves de CM2 une leçon d’enseignement civique et moral en leur proposant de découvrir la fonction de législateur. À cet effet, ils ont été invités à rédiger, sous la conduite de leurs enseignants, une proposition de loi, au terme d’une discussion qui devait leur apprendre ce qu’est le débat démocratique.

Le thème de réflexion cette année concernait l’alimentation durable et équilibrée. Les jeunes pierreruriens, après débat et confrontation des points de vue ont abouti à une proposition de signalétique sur les emballages indiquant aux enfants les teneurs en gras, en sel et en sucre.

Un Parlement qui ne parle plus

Si l’Assemblée nationale, avec son mot d’ordre « Soyez participatifs ! » a effectivement joué le jeu lors des quatre premières éditions de ce Parlement (de 1995 à 1999) en transformant en loi les projets réalisés par les enfants, force est de constater que cet élan participatif s’est rapidement épuisé et que le travail du jeune Parlement se fait, depuis plus de vingt ans, dans l’indifférence complète de ses aînés. 

Et ce n’est pas par manque d’idées chez nos CM1-CM2, puisque des projets de loi visant par exemple à combattre la pollution lumineuse dans les villes, à protéger les abeilles ou à prévenir l’exploitation de la main-d’œuvre infantile sont nés sur les bancs de nos écoles primaires. Et sont généralement restés lettres mortes.

Faites ce que je dis...

S’ils franchissent les dernières sélections de ce concours national, les apprentis parlementaires de Pierrerue se rendront au Palais Bourbon en juin pour exposer leur projet de loi et tenter de convaincre les « grands » comme M. Castaner de le faire voter par ses collègues.

« Ils font un travail sur le collectif, et donc ils sont obligés de travailler avec vingt-cinq opinions différentes. On voit qu'il y a eu des désaccords et ce qui est intéressant, cest comment ils ont su les dépasser », a déjà applaudi le député devant les CM1-CM2 de Pierrerue et leur maire, fièrement ceint pour l’occasion de sa patriotique écharpe tricolore.

Une leçon de l’ancien édile de Forcalquier que le maire de Pierrerue va sans doute méditer, lui qui justement s’est fait épingler lors du dernier conseil municipal. En effet, plus d’un tiers des élus, pour moitié issus de sa propre liste, ont pointé un management autocratique du maire qui non seulement les écarte systématiquement du travail municipal en amont des conseils, organise la rétention d’information à leur encontre, mais encore refuse toute expertise liée à leur expérience dans la gestion des collectivités. Une aide bénévole qui serait pourtant bienvenue en ces temps de restrictions budgétaires.

Les élus de Pierrerue ne sont pas les seuls à revendiquer plus de démocratie. En témoigne l’arrivée, depuis le début de l’année, de deux journaux dans cette toute petite commune de pas même cinq cents âmes. L’Étincelle salue l’arrivée du Petit Caillou et de Plouf qui, chacun dans leur style, et tout comme les CM1-CM2 à l’honneur à Pierrerue, regorgent d’idées et d’appétit pour plus de débats et d’échanges entre les habitants et leurs représentants.

LA PHOTO
© Solal Fayet, 2021
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